Qu’est que le transhumanisme ? l'Eglise et le transhumanisme Full view

Qu’est que le transhumanisme ?

suite de l’article « 3 questions à » – parution NDA le Mag, n° 125

C’est le projet d’une espèce humaine améliorée par OGM ou plus exactement grâce à la mise en convergence de quatre avancées scientifiques déterminantes, les Nanotechnologies, les Biotechnologies, l’Informatique et les sciences Cognitives (les NBIC).

Les nanotechnologies permettent d’approcher la dimension de l’atome et laissent entrevoir la possibilité de créer de la matière organique, capable de se répliquer, en assemblant leurs molécules. On peut imaginer toute sorte d’organes de synthèse imprimés en 3D pour réparer le corps.

La biotechnologie nous fait découvrir le fonctionnement subtil du corps, entre autres tous les mécanismes du vieillissement des cellules. La maîtrise de ces mécanismes  doit permettre de stopper les effets dégénératifs de l’âge.

L’informatique dont les capacités apparaissent quasi illimitées a montré sa puissance dans le séquençage désormais usuel des ADN complexes. La mutation génétique autrefois empirique devient totalement programmable pour tous les organismes vivants.

Enfin le fonctionnement du cerveau, le moins facile à appréhender, n’en finit plus de livrer ses secrets grâce aux sciences cognitives. La destruction des cellules nerveuses indésirables sans dommages collatéraux et la réactivation des chaînons neuronaux perdus accidentellement ou par dégénérescence est à l’ordre du jour.

Considérés indépendamment, ces quatre atouts permettent déjà de dépasser certaines des contraintes actuelles de notre corps. Employés de manière interactives, ils ont la capacités de donner une autre dimension à l’homme. Les mutations génétiques totalement contrôlées orienteront l’embryogénèse vers l’immunité aux maladies et le freinage du vieillissement en attendant son arrêt complet. Le téléchargement de notre cerveau, activé aujourd’hui à seulement 20% de son potentiel, multipliera la base de données utilisable par notre mémoire ainsi que notre QI de façon inimaginable. « Matrix », film de science fiction à sa sortie en 1999 est déjà devenu un classique, précurseur de la mise en scène de cette potentialité.

Déjà, le concept de transhumanisme qui vise seulement l’amélioration de l’homme est outrepassé par la notion de posthumanisme pour bien signifier qu’il s’agit d’un véritable changement de la nature humaine.

 Quel est le danger ?

Le transhumanisme promet l’enfant idéal et pousse à l’eugénisme avec tous ses risques de débordements éthiques et financiers. Nos enfants ou nos petits-enfants seront pris de plein fouet par ce phénomène et pourront être séduits par ce mieux, mis sur le marché pour leur progéniture.

La quête de l’amélioration de l’espèce humaine n’est pas nouvelle. Sans encore être perceptible, elle a pris racine avec la conscience de la mort et le souci de vivre plus longtemps en soignant de manière empirique les plaies et les maladies du corps dès la préhistoire. Elle a franchit un pas marquant avec la recherche analytique du fonctionnement de notre corps à l’époque de la Renaissance avec Leonard de Vinci et Ambroise Paré. Elle a émergé avec l’eugénisme dès la mise en lumière de la théorie de l’évolution, notamment avec Francis Gallon qui s’est appuyé sur les travaux de Darwin, son cousin.

Le mouvement eugéniste fut  très en vogue dès la fin du XIXème siècle jusqu’au milieu du XXème siècle. De nombreuses tentatives d’amélioration des êtres humains par sélections positives – en privilégiant le développement de ceux considérés comme les « meilleurs » dans un espace et à un moment donnés – ou négatives – en éliminant les indésirables – se sont fait jour y compris dans les démocraties occidentales.

Bien que le nazisme ait jeté une opprobre unanime sur l’eugénisme, les traces de ce dernier ont perduré jusqu’après la guerre notamment en Suède et dans certains états des Etats-Unis. Si les débordements éthiques extrêmes sont rétrospectivement facilement identifiables, il faut rester conscient de leur réémergence toujours possible à partir de bonnes intentions. Ces dernières se retrouvent facilement dévoyées avec l’accoutumance de l’opinion publique associée au pouvoir détenu par une minorité.

Aujourd’hui, l’état d’esprit de notre société rejoint l’eugénisme de manière masquée, notamment avec le diagnostic prénatal qui invite à éliminer tout embryon à risque. A terme, on peut même imaginer une pression sociale et médiatique qui culpabilise ceux qui n’auraient pas donné tous les atouts à leur enfant en privilégiant une reproduction naturelle.

A ce facteur s’ajoute un aspect financier qui réservera cette élitisme aux plus fortunés. On peut imaginer dans le pire des cas voir l’espèce humaine se diviser entre celle qui restera issue des voies naturelles et celle qui sera transhumaine avec nécessairement la domination de la seconde sur la première grâce à son intelligence et sa richesse.

Enfin, ce transhumanisme, en ciblant l’immortalité, contient une contradiction latente. Il stoppera la natalité des élites par peur de devoir céder leur pouvoir aux nouvelles générations. Il n’y a plus de cohérence avec le droit à l’enfant si haut réclamé aujourd’hui. Sans garde-fous à élaborer par avance, c’est-à-dire, dès à présent, les premières impasses s’affichent. Il y a de vrais dangers.

Le point de vue de l’Eglise ?

Elle sait que le progrès est le propre de l’homme. Mais son usage peut être bon ou mauvais. Ici il séduit avec la liberté trompeuse de choisir les caractéristiques de son enfant.

Cette prétendue liberté rend, dès la conception, les parents dépendant des nombreux intervenants liés à l’activité procréatrice. Elle sera un miroir aux alouettes pour beaucoup, car limitée à ceux qui en auront les moyens. Elle minera la relation parents – enfant car l’amour des premiers sera bridé par l’attente d’un retour sur investissement. Bien plus grave, elle impose un véritable asservissement à l’enfant formaté selon les désirs du moment. C’est toute la liberté de l’homme futur qui est mise sur la sellette. En cela ce projet s’oppose à celui du dieu des chrétiens qui a créé l’homme libre et pour qu’il le reste.

L’Eglise est bien avisée des champs vertigineux qui s’ouvrent avec les NBIC. Pour éclairer la réflexion de l’Homme sur cette question, il est utile de se reporter à l’encyclique de Jean-Paul II, Foi et raison. Celle-ci exprime le lien indissociable qui existe entre ces deux types d’intelligences pour donner sens à notre vie en s’attachant respectivement aux « comment » de la vie et à son pourquoi.  Laisser libre court aux très multiples comment sans les cadrer par le pourquoi de la vie expose à toutes les dérives et atrocités qu’a connues le XXème siècle et auxquelles notre siècle naissant ne semble pas échapper. A titre d’illustration, le pape Benoit XVI a précisé que la théorie de l’évolution, quelque soit son ajustement scientifique, ne doit pas dicter sa vision de la personne humaine.

Dans ce projet avec l’aide des NBIC, la nature humaine et en particulier le sexe masculin ou féminin, se verront marginalisés dans leur fonction procréatrice. L’objectif avoué du transhumanisme, l’homme +, tel que le symbolise son logo, éclaire alors en précurseurs les mouvements qui s’emploient à modeler les esprits pour faire admettre que les hommes et les femmes sont identiques au nom de leur égalité. Il en est ainsi du mariage pour tous avec la PMA et la GPA qu’il introduit, tout comme la théorie du genre.

Pour que ne soit pas confondu le refus de cette mouvance – qui a tenté de décrédibiliser tous ceux qui ne l’acceptaient pas en les accusant systématiquement d’homophobie – avec le regard que l’Eglise doit poser sur l’homme, le pape François, plein de son humanité et de son amour fraternel, n’a pas hésité à dire des homosexuels : Qui suis-je pour les juger?

C’est précisément ce discernement auquel nous invite le pape pour faire obstacle aux dangers actuels et aimer, parfois malgré nos différences de vision, notre prochain comme nous-mêmes.

Jean MICHEL

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