Escale spirituelle à Roissy

Philippe Vanneste

Philippe Vanneste est l’un des trois aumôniers de l’aéroport Charles-de-Gaulle : célébrer la messe, gérer les crises… il est à la disposition des passagers mais aussi du personnel.

PARLER DE DIEU, accompagner spirituellement passagers ou personnels de Charles-de-Gaulle, c’est une religion pour Philippe Vanneste. A 60 ans, ce moine nordiste barbu, issu de la célèbre abbaye flamande trappiste du Mont des Cats, où il est arrivé en 1981, passionné par l’aéronautique et les pompiers, est l’un des trois aumôniers d’Aéroports du Val-d’Oise. Ils se relaient pour officier toute la semaine à Roissy. Si son collègue Yves de Brunhoff, atterri à l’aéroport le 15 septembre, prend ses marques, Philippe, arrivé à Charles-de-Gaulle en 2009, connaît les lieux sur le bout des doigts. « C’est une vraie ville de 100 000 personnes. Et à chaque permanence, il me faut passer régulièrement d’un terminal à l’autre, explique avec une pointe d’accent ch’ti ce natif de Tourcoing(Nord), car Charles-de-Gaulle possède trois chapelles catholiques.

« Dans les espaces de prière, nous célébrons des messes et je dois aussi veiller à leur bon état. Et savoir parfois déloger avec humanité d’éventuels SDF venus trouver refuge dans l’un des espaces prière. Mais c’est devenu rarissime aujourd’hui », raconte-t-il. Pas banal de prêcher à l’aéroport ? « Ma mission ici, précise le père Vanneste, c’est d’être en toutes circonstances à la disposition des 60 millions de passagers dont le chemin passe par les aérogares, mais aussi des employés de la plate-forme. Ici, on a toujours besoin d’un aumônier, tout comme dans un hôpital ou une prison. C’est différent de la paroisse de Roissy-Village et ses sept clochers, où j’effectue la deuxième moitié de mes semaines. Je dois, ces jours-là, me déplacer encore davantage, en voiture cette fois. »

« Je fais automatiquement partie des cellules de crise déployées lorsqu’une catastrophe survient ».

A l’aéroport Charles-de-Gaulle, c’est quelques 60 millions de voyageurs qui transitent chaque année.
Quelles sont donc ces âmes que Philippe Vanneste croise à deux pas du tarmac ? « C’est très varié, raconte-t-il. Des catholiques du monde entier. Certains ne pratiquent plus dans leur paroisse, mais ici, ils viennent prier. Et rencontrer une personne concrète, proche, pour un vrai contact humain. Il y a aussi les passagers réguliers qui ont pris l’habitude de faire une halte dans les espaces prière. Certains m’appellent pour une confession ou un sacrement. » Salué sur son passage par tous les commerçants des terminaux d’une petite phrase bienveillante ou pleine d’humour, Philippe Vanneste fait également régulièrement son petit tour dans les bureaux de l’aéroport. « Avec les personnels, c’est une relation qui s’est construite dans la durée, je suis un peu devenu leur copain, leur collègue. » Comme eux, il porte en permanence autour du cou son badge d’accès à l’aéroport. Et puis, il y a les pompiers de Roissy. « Je leur consacre tous mes jeudis. C’est un peu ma deuxième famille. Chargé de la sécurité à l’abbaye du mont des Cats, entre 1983 et 1991, je m’étais formé à leur métier à la caserne de Godewaersvelde, à la frontière belge. Je portais l’uniforme. Et je suis devenu l’un des leurs, où que je sois. » Une compétence bien utile pour celui qui fut également, en 1991, aumônier militaire du 1er régiment de parachutistes coloniaux à Mont -de-Marsan, avant de devenir celui de la base aérienne d’Aix-en-Provence. L’aérien, Philippe Vanneste connaît bien. Autre mission délicate :« Je fais automatiquement partie des cellules de crise déployées lorsqu’une catastrophe survient. Je dois me rendre aussi disponible qu’un médecin. J’ai eu à gérer des situations de détresse après l’assassinat des deux jeunes otages au Niger, originaires de Linselles, en janvier 2011, ou la mort des journalistes de RFI assassinés au Mali l’an dernier. Je suis là pour accueillir les cercueils, mais aussi les familles ou les proches de ces disparus. » L’aumônier sait aussi se délecter de situations ou de rencontres insolites. « J’aime les ambiances comme celles générées par le passage ici de grandes équipes sportives, comme pendant le Mondial. J’ai croisé il y a peu le champion olympique de natation Yannick Agnel, qui courait avec sa valise pour ne pas rater son avion. J’ai eu aussi une fois l’immense surprise d’accueillir lors d’une de mes messes Son Altesse impériale Georges de Habsbourg. »

Interview réalisé par Bénédicte Agoudetsé

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