Focus 2016 – La Miséricorde Miséricorde Full view

Focus 2016 – La Miséricorde

MiséricordeLa Miséricorde est une valeur fondamentale de notre foi chrétienne. Le pape François insiste sans se lasser sur ce thème pastoral que l’Eglise a choisi pour cette année. Il y a en effet de quoi lorsque l’on sait l’état du monde où la crise économique appauvrit les plus pauvres et même les classes moyennes, laissant un insolent écart s’accroître avec les plus riches. Il y a en effet de quoi lorsque l’Europe se trouve confrontée à une crise migratoire sans précédent qui bouscule sa culture chrétienne et l’incite au repli sur elle-même. Il y a de quoi quand à cette réprobation de l’étranger qui ne fait pas comme nous chez nous se mêle la peur du terrorisme.

Au premier abord, cette miséricorde et les droits de l’homme apparaissent au même diapason. Concernant ceux-ci, on connait néanmoins leurs limites depuis l’antiquité. Créon ne disait-il pas à Antigone, c’est du moins Jean Anouilh qui nous le rapporte : il vaut mieux une injustice qu’un désordre. Avait-il sans doute raison au regard du nombre de victimes que fait une guerre civile en comparaison de celle d’une dictature ? Mais, depuis, les phénomènes nazi et soviétique ont tellement mis en balance ce jugement qu’il ne fait plus référence et incitent à traiter tout phénomène douloureux sans vision stratégique. On peut à titre d’exemple penser à la Libye.

C’est pourquoi, il importe que nous réfléchissions bien à ce que signifie vraiment la Miséricorde pour ne pas nous trouver confrontés au dilemme d’une foi incompatible avec une éthique de responsabilité. Entre miséricorde et droits de l’homme, la différence se situe, à notre avis, tout autant que dans notre être que dans les moyens. Il ne suffit pas d’observer que la politique des droits de l’homme peut être interventionniste et utiliser la coercition. Nous constatons qu’elle trouve sa légitimité dans une idéologie qui fait preuve parfois d’une générosité remarquable et ne manque pas de racines chrétiennes mais qui, ayant rompu avec ces dernières, considère qu’elle est le seul apanage de l’homme qui se trouve suffisant à lui-même. Pour assoir sa légalité, elle s’appuie de tout son poids sur le droit qu’elle requiert au plus haut niveau international et qu’elle n’hésite pas à outrepasser pour faire jurisprudence quand des intérêts parfois obscurs s’y mêlent.

Tout au contraire, la miséricorde ne vient pas de nous-mêmes, elle nous est donnée, elle nous vient de Dieu qui par son Fils nous en a signifié l’exemple. Elle est humble de cœur et nous fait reconnaître le besoin d’en bénéficier d’abord pour nous-mêmes afin de ne pas buter sur nos propres défaillances, à défaut nous nous transformerions facilement en donneurs de leçons. A partir de là, notre cœur est libéré et peut sortir du plan de la culpabilité dans laquelle les médias nous enferment volontiers stigmatisant autant notre impuissance à bouger que notre rejet de toute action par réflexe d’autoprotection. Sortir du plan de la culpabilité grâce à la miséricorde nous donne la capacité de discerner les enjeux qui s’établissent entre éthique de conviction et éthique de responsabilité. C’est mettre mon cœur dans la balance en acceptant les limites de mon action, en accordant à la prière sa très grande importance et en n’oubliant pas non plus que cette terre n’est pas notre condition définitive.

L’athéisme ambiant, surtout dans notre pays, où derrière la mort n’apparaît aucune Espérance, donne une acuité exponentielle au drame des réfugiés et nous rend leur situation plus insupportable. Pourtant nous arrivons paradoxalement jusqu’à en être blasés quand le traitement de la crise s’exprime en termes de quota où toute dimension humaine se perd. Nous sommes tellement sollicités, ne serait-ce par toutes les associations qui cherchent à soulager, dans leur domaine d’action, la misère des autres que nous sommes sans arrêt conduits à faire des choix.

Pour répondre de manière ajustée, il nous faut éviter d’être pris au dépourvu et réfléchir à l’essence même de la miséricorde qui ne se situe pas dans la dimension intellectuelle d’une idéologie mais dans l’amour, fruit de nos entrailles. Mais ces entrailles, nous savons bien par expérience qu’ à elles seules elles ne sont pas suffisantes pour nous conduire. C’est la raison pour laquelle, il faut s’arrêter de temps en temps pour dessiner dans le sable, ne pas se précipiter pour répondre, à l’instar de Jésus quand il prend du recul par rapport au piège de la lapidation de Marie-Madeleine tendu par ses ennemis. C’est dans cette aspiration qu’il nous faut trouver l’occasion d’une retraite, d’un pèlerinage.

Nous allons être interpellés, pour certains, nous le sommes déjà, au sein de nos milieux, professionnel ou familial, sur notre manière de voir les choses, sur notre manière d’agir tout comme cela l’a été, parfois avec véhémence, sur la question du mariage pour tous. Si nous sommes préparés, nous nous sentirons plus forts et plus à même de rayonner la Bonne Nouvelle dans un monde qui en a tant besoin mais qui est si désabusé.

Laissez un commentaire